Calendrier liturgique 2012-2013 !
Archives Pain sur la Table
***Année C en cours***
Liens externes
DIMANCHE DE LA PASSION : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Matthieu (26 passim)
»»» Date du dimanche
-»»» Évangile
1Alors, quand Jésus a achevé toutes ces instructions, il dit aux disciples:
Vous savez que dans deux jours vient la Pâque
et le Fils de l'homme va être livré pour être crucifié.
3C'est alors que les grands-prêtres et les Anciens du peuple
se réunissent dans le palais du Grand-prêtre, le nommé Caïphe.
Ils se concertent pour se saisir de Jésus par ruse et le tuer.
5Mais ils disent: Pas pendant la fête afin qu'il n'arrive pas un tumulte dans le peuple.
...
C'est alors que l'un des Douze, le nommé Judas Iscariote,
se rend auprès des grands-prêtres.
Il dit: Que voulez-vous me donner? et moi je vous le livrerai.
Ceux-ci lui pèsent trente pièces d'argent.
Dès lors il cherche une occasion favorable pour le livrer.
...
Le soir venu, [Jésus] est attablé avec les Douze.
21Pendant qu'ils mangent, il dit: Amen! je vous le dis: l'un de vous me livrera.
22Fort attristés, ils commencent, chacun, à lui dire: N'est-ce pas moi, Seigneur?
23En réponse, il dit: Qui plonge avec moi la main dans le plat, celui-là me livrera.
...
Judas, qui est en train de le livrer, répond: Serait-ce moi, Rabbi?
Il lui répond: Tu l'as dit!
Pendant qu'ils mangent, Jésus ayant pris du pain et prononcé la bénédiction,
il le partage et l'ayant donné aux disciples il dit:
Prenez, mangez, ceci est mon corps.
Prenant une coupe et ayant rendu grâce, il leur donne en disant:
Buvez tous à cette [coupe].
Car ceci est mon sang, celui de l'alliance, versé pour la multitude,
pour le pardon des péchés.
...
Alors, Jésus leur dit:
Cette nuit même, vous tous, vous allez chuter à cause de moi.
Il est écrit en effet: «Je frapperai le pasteur
et les bêtes du troupeau seront dispersées.»
Mais après avoir été réveillé [de la mort], je vous précéderai en Galilée.
33Pierre répond et lui dit: Si tous chutent à cause de toi, moi, jamais, je ne chuterai.
34Jésus lui déclare: Amen, je te dis
que cette nuit même, avant le chant du coq, trois fois tu me renieras!
Pierre lui dit: Même si je devais mourir avec toi, non, je ne te renierai pas!
Et tous les disciples disent la même chose.
Alors Jésus va avec eux dans un domaine appelé Gethsémani.
Il dit aux disciples: Asseyez-vous ici pendant que je m'éloigne pour prier.
Il prend avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée.
Il commence à ressentir tristesse et angoisse.
Alors il leur dit: Mon âme est triste, triste à mourir. Restez ici et veillez avec moi.
39S'avançant un peu il se prosterne, en priant ainsi:
Mon Père, si c'est possible, que cette coupe passe loin de moi!
Pourtant, non comme moi je veux, mais comme toi...
Il vient vers les disciples et les trouve endormis.
Il dit à Pierre: Ainsi, vous n'avez pas eu la force de veiller une seule heure avec moi?
Veillez et priez pour ne pas entrer dans l'épreuve.
...
Il parle encore quand arrive Judas, l'un des Douze, et avec lui toute une troupe. ...
49S'approche aussitôt de Jésus, il dit: Salut, rabbi! et il l'embrasse.
Jésus lui dit: Ami, c'est pour cela que tu es présent...
51Alors ils s'approchent, mettent la main sur Jésus et l'arrêtent.
...
Ceux qui ont saisi Jésus l'emmènent chez Caïphe, le grand-prêtre,
là où les scribes et les Anciens se sont réunis.
Pierre suit de loin jusque dans la cour du grand-prêtre.
Il entre à l'intérieur et s'asseoit avec les gardes pour voir le dénouement.
...
Une servante s'approche de lui en disant: Toi aussi, tu étais avec Jésus, le Galiléen!
70Lui nie devant tous, disant: Je ne sais pas de quoi tu parles?
71Comme il sort vers le portail, une autre le voit et dit à ceux qui sont là:
Celui-ci, il était avec Jésus le Nazôréen!
Il nie à nouveau et jure: Je ne connais pas la personne!
73Peu après, ceux qui se tiennent là s'approchent
et disent à Pierre: Pour de vrai... toi aussi tu en es!
D'ailleurs, ton accent te fait repérer.
Alors il se met à sacrer et à jurer: Je ne connais pas la personne!
Et aussitôt un coq chante.
Pierre se souvient de la parole de Jésus qui avait dit:
«Avant le chant du coq, trois fois tu m'auras renié.»
Il sort au dehors et il pleure amèrement.
»»» Mon petit grain de sel
Dans l’Évangile, la croix. Scandale! Pourquoi la croix? Pourquoi Dieu fait homme choisit-il d’aimer plutôt que de détruire une créature qui agit si souvent de manière stupide? Une créature – l’être humain je rappelle – qui agit si souvent contre elle-même et contre la logique qui la ferait grandir? Une créature qui tue plutôt que de dialoguer ou de s’ouvrir à ce que l’autre peut apporter de nouveau et de bien. Très jeune, nous sommes conditionnés à nous bâtir une carapace basée sur l’orgueil plutôt que de choisir l’ouverture inventive et ferme de la confiance. Les éléments extérieurs, nos échecs, nos réussites, mais également nos choix, nous ferment progressivement. Sans compter qu’en vieillissant, notre coeur peut s’endurcir. *** Chrétiens, nous sommes peu nombreux à avoir digéré la croix. Comme Pierre, nous vivons des moments d’extase – la transfiguration, les miracles de Jésus – pour ensuite retomber dans la bonne vieille vision d’un Dieu qui doit être tout puissant en tout, sauf en amour. Dans son heure de ténèbres, Pierre renie le Dieu que Jésus lui a montré par ses actions et ses paroles. Il renie le porteur de la Bonne Nouvelle. Il préfère revenir à la bonne vieille vision d’un Dieu qui peut détruire, mener le destin des gens, comme s’ils étaient des marionnettes, décider de la mort d’un enfant, détourner les circonstances en sa faveur, faire trembler la terre au Japon ou ailleurs pour cause d’immoralité mondiale, ou encore créer un feu de forêt en Russie grâce à sa foudre si savamment lancée. Dieu est dangereux et il est un être cruel dont il faut avoir les faveurs. Maurice Zundel affirme que les chrétiens n’ont pas encore découvert le Dieu de Jésus et qu’ils en sont encore au Dieu Pharaon : ‘Je suis tout petit devant le tout puissant qui peut tout, et même m’exécuter quand cela lui plaira’. Avouons-le; nous avons tous à un moment ou à un autre, cru que Dieu nous avait punis de quelque chose. Qu’il nous donnait une leçon et que cela était bon. Selon la force de la punition, certains ont continué à croire en lui, mais d’autres se sont résignés à ne plus y croire: ceux et celles dont la punition s’est traduite par la mort d’un être cher ou encore par une maladie incurable, et j’en passe. Croire ou ne pas croire que ce Dieu existe, telle serait plutôt ma question. Quand on ausculte, un tant soit peu, la pensée populaire chrétienne, force est de constater que le Dieu de Jésus n’est pas encore très présent. Un Dieu qui n’est qu’amour, un Dieu qui ne condamne pas mais qui aime jusqu’au bout… ce Dieu là fait peur. Il est trop tolérant diront les uns, il n’est pas assez moral diront les autres. On ne peut se fier à ce genre de Dieu: il est trop mystérieux. L’amour pardonne tout, console tout, réconcilie tout, tolère tout, patiente en tout, etc. L’amour, c’est finalement beaucoup de travail pour des résultats qui sont parfois plutôt médiocres. Qu’il est difficile d’aimer, chante Gilles Vigneault. Et si Jésus était mort précisément parce qu’il croyait en ce Dieu? Celui qu’il appelait toujours Abba – papa, père. Pourquoi a-t-il justement choisi de l’appeler ainsi? *** En près de 2000 ans d’histoire, bien que les autorités religieuses chrétiennes aient très souvent pris le chemin tracé par la tentation du pouvoir, elles n’ont pu empêcher les François d’Assise, Soeur Emannuelle, Abbé Pierre, Maurice Zundel, Rosalie Cadron-Jetté et autres ‘révolutionnaires’ de la parole évangélique – des milliards – de laisser une trace empreinte du seul Évangile: une inspiration directe du désir de donner librement sa vie, au nom de l’Évangile, de cette Bonne nouvelle proclamée par Jésus de Nazareth. Sur la croix, se trouve de multiples épreuves; incompréhension, rejet, solitude, sentiment d’absence. Encore aujourd’hui, des chrétiens, à cause de ce nom ou de leurs actions, sont persécutés, roués de coups, et tués. L’Évangile dérange les bonnes sociétés établies, riches ou pauvres. La Bonne Nouvelle n’a que faire des statu quo économiques, des banlieues proprettes, des villes gigantesques, du spectacle à millions de dollars, des petits mafieux qui hantent les quartiers pauvres. Tout ce que désire l’Évangile pour être pleinement servi, c’est un amour sincère, un sens du service reconnaissant ses propres limites, un désir d’avancer. Aucune croix ne sera plus légère à porter que celle de l’amour donné librement.Tout le reste n’est pas Dieu. Heureusement. Mais, oser le dire, c’est se mettre à dos les bonzes de toutes sortes. C’est dérangeant. La Passion de Jésus existe encore aujourd’hui. Dans ces femmes et ces hommes qui donnent leur vie, sans recherche de pouvoir. Avec un seul désir: celui d’aimer sans compter. Cela dérange, mais une fois le grand dérangement, ces êtres humains ont créé dans le coeur des gens un soleil qui ne disparaît jamais. Éteignez la télévision, l’ordinateur, et chercher leur figure autour de vous. Ces êtres traversent parfois des chemins où se trouve la croix. Par contre, jamais ils n’abandonnent. Et plus souvent qu’autrement, vie et résurrection s’allument autour d’eux. Fruit d’un miracle, ou choix d’individus qui choisissent l’Évangile qui dérange nos habitudes endurcies?En la Semaine Sainte qui vient, je vous souhaite bonne observation!
Mario Bard
»»» Commentaires
Je ne connais pas cette personne!
Comment est-il possible que Pierre ait dit cette phrase?
Comment Pierre peut-il renier, en une nuit, des mois de communion et d'amitié?
Est-ce par lâcheté? Par peur?
N'a-t-il pas promis de combattre? Et même pris l'épée au jardin de Gethsémani?
N'est-il qu'un fanfaron? Je ne te renierai jamais, même si tous t'abandonnent!
Son amitié était-elle trop faible, trop superficielle?
Mais tous les récits de l'Évangile semblent nous dire le contraire.
C'est dans sa maison que Jésus réside à Capharnaüm.
C'est dans sa barque qu'il enseigne au bord du lac.
C'est lui qui a dit à Jésus: À qui irions-nous, tu as des paroles de vie éternelle! (Jn 6,68).
Jésus lui a donné le surnom de Roc et c'est à lui qu'il confie le soin de paître son troupeau:
Simon, tu es Pierre et sur cette pierre j'établirai mon assemblée (Mt 16,18).
C'est lui, avec Jacques et Jean, qui se trouvera sur la montagne de la transfiguration.
Alors? Comment comprendre qu'au moment crucial où Jésus est arrêté,
Pierre puisse dire cette phrase: Je ne connais pas cette personne!
Mais de quelle personne s'agit-il?
C'est que, tout-à-l'heure, Pierre a vu Jésus écrasé par la souffrance.
Il l'a vu angoissé, suant le sang devant la mort, triste à mourir.
Il l'a vu Jésus refusé de se défendre, comme un faible.
Ou un non-violent: Qui prend l'épée, périra par l'épée, a dit Jésus.
Il l'a vu se livrer lui-même à une bande de bandits venus
au nom d'une petite clique de chefs religieux plutôt détestés par le peuple.
Il aurait pu se défendre, neutraliser les gardes et soulever les foules.
Ces foules, ne l'auraient-elles pas défendu?
Au contraire il a vu Jésus -humilié, bafoué comme un vaurien- rester muet,
se taisant comme un agneau qu'on mène à l'abattoir!
Tout-à-l'heure, il a vu Jésus accusé de blasphème, d'outrage à Dieu...
ce Jésus que lui, Pierre, a reconnu comme le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt 16,16).
Mais ce n'est pas la première fois que Pierre refuse de connaître cette personne-là.
Quand Jésus a annoncé pour la première fois
qu'il avait décidé d'aller à Jérusalem et de se livrer aux prêtres et aux Anciens,
Pierre a spontanément réagi: Dieu t'en préserve! Il ne faut pas que cela arrive (Mt 16,22).
Et Jésus, alors, l'avait violemment traité de Satan!
Comment expliquer ce que ressent Pierre?
Ne lui est-il pas difficile de comprendre pourquoi Jésus a choisi ce chemin de la croix?
Jésus peut-il devenir le contraire de Celui que lui, Pierre, avait choisi de suivre?
Lui, Pierre, a tout quitté pour suivre quelqu'un en qui il a vu le messie.
Et Jésus a confirmé que lui, Pierre, était alors inspiré par Dieu.
Et voilà qu'au bout du chemin il se trouve en face d'un condamné...
qui se laisse condamner.
Comment ce Jésus faible peut-il être le messie?
Au-delà de Jésus, c'est l'image même de Dieu qui est, pour Pierre, remise en question.
Dieu n'est-il pas le Tout-puissant qui libère?
Dieu n'est-il pas Celui qui nous délivre de nos ennemis, dont Il triomphe?
Dieu n'est-il pas le Juste Juge qui punit les impies, les malfaisants?
Dieu n'est-il pas Celui qui soutient le juste contre ceux qui l'oppriment?
C'est tout l'univers religieux de Pierre qui se trouve ainsi remis en cause.
Que fait-Il le Dieu d'Israël, le Dieu tout-puissant et juste,
en laissant ainsi Jésus sans secours? en abandonnant son messie?
Le doute est entré dans le coeur de Pierre.
Ne s'est-il pas trompé? Cet homme est-il vraiment choisi par Dieu?
Ce qui arrive à Pierre n'est-il pas d'ailleurs ce qui peut arriver
à tous ceux qui s'engagent à la suite de Jésus?
Un jour ou l'autre nous rencontrons de l'opposition et des critiques.
Nous pensions pouvoir réussir. Ce besoin de réussir est tellement ancré en nous.
Mais il nous faut regarder Jésus: il a abouti sur la croix!
Il est humain que cela soit difficile à accepter.
Dans son doute, Pierre n'est peut-être pas loin de ceux qui approuvent la mort de Jésus.
Les raisons de la mort de Jésus
Les 4 récits évangéliques donnent comme ultime raison de la condamnation:
cet homme s'est dit le messie!
Cette affirmation devrait provoquer l'intervention de Rome
qui ne peut supporter d'autre chef, en Israël, que ceux que l'empereur nomme.
Plutôt que voir Rome réprimer dans le sang un regroupement autour de Jésus-messie,
les chefs juifs pensent qu'il vaut mieux qu'un seul meurt.
De plus, les Romains ayant enlevé aux chefs juifs le pouvoir de condamner à mort,
en accusant Jésus de se dire messie, ils donnent au romain Pilate un bon argument.
Mais la décision des chefs juifs avait sans doute un autre motif:
ce qu'ils reprochent à Jésus, ce n'est pas de se dire le messie,
mais c'est plutôt d'avoir un comportement, un enseignement
qu'ils ne reconnaissent pas comme celui du messie?
On reproche à Jésus de porter atteinte à la Tora, à l'enseignement sacré:
- parce qu'il mange chez des publicains,
qui sont des voleurs et des collaborateurs avec l'ennemi (cf. Mt 11,19):
Voici un glouton et un ivrogne, un ami des collecteurs d'impôts et des pécheurs.
C'est chez un pécheur qu'il est allé loger (Lc 19,7); - parce qu'il ne fait pas les ablutions avant le repas (cf. Lc 11,38):
Manger sans s'être lavé les mains ne rend pas l'homme impur (Mt 15,20).
C'est du coeur que viennent les mauvaises intentions qui rendent impur (Mt 15,19); - parce qu'il fait des guérisons le jour du sabbat qui est un jour de repos:
Cet individu n'observe pas le sabbat: il n'est donc pas de Dieu (Jn 9,16); - parce qu'il se laisse caresser par une prostituée et se sert de l'amour de cette femme
pour faire la leçon à un Juif très croyant, un Pharisien:
Ses nombreux péchés ont été pardonnés
puisqu'elle montre beaucoup d'amour (Lc 7,47); - parce qu'il ne condamne pas la femme adultère
et couvre de honte les Juifs qui veulent la lapider conformément à la Tora:
Moi non plus je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus (Jn 12,11); - parce qu'il ose dire à un paralytique: Tes fautes sont pardonnées.
Cet homme blasphème! Qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul? (Lc 5,21); - parce qu'il refuse de condamner les Romains
et qu'il demande plutôt aux Juifs de faire leur propre examen de conscience; - parce qu'il fait l'éloge de ceux qui se reconnaissent pécheurs
et condamne ceux qui se croient parfaits parce qu'ils sont pieux:
Qui s'élève sera abaissé. Qui s'abaisse sera élevé (Lc 18,14).
Ce procès de Jésus n'a-t il pas été fait dès les débuts de sa prédication?
En effet, ses paroles et ses attitudes ont dérouté
car elles ne s'accordaient pas avec la Tradition.
Elles ont scandalisé parce qu'elles ne correspondaient pas à la façon
dont beaucoup comprenaient la Tora.
Le chemin que Jésus propose pour aller à Dieu est tellement différent
de celui que proposent les penseurs officiels d'Israël.
Ceux-ci ne pouvaient donc pas voir Jésus comme un vrai messie.
Jésus prêche trop l'amour et le pardon au détriment de la justice.
Il prêche trop la non-violence qui leur semble inefficace contre les malfaisants,
et notamment contre les Romains.
Il prêche trop la liberté de conscience.
Il apprend aux gens que la vérité de ce que l'on est, de ce que l'on fait,
passe avant l'obéissance aux règles, aux rites, à la discipline.
Il prêche trop la liberté au détriment de l'obéissance.
Pour lui, l'obéissance n'est pas la soumission à un ordre qui viendrait d'ailleurs,
même si cet ailleurs est Dieu.
Obéir, c'est accorder sa conduite à la volonté de Dieu qui nous veut libres.
Dieu est libérateur. Dieu nous veut aimants, c'est-à-dire libres.
Il n'y a pas d'êtres aimants sans liberté. Et pas d'êtres libres sans amour.
Ce Jésus -qui agit comme un être libre à l'égard de tous et de tout-
déplaît à ceux qui gouvernent et font respecter les lois.
Cet homme -qui agit avec bonté et compassion-
déplaît à ceux qui défendent la justice.
Cet homme -qui agit humblement, sans violence-
déplaît à ceux qui veulent employer la force contre les Romains pour libérer Israël.
Dans la cour, où il voit son Maître abandonné et outragé,
Pierre se sent peut-être proche de tous ceux qui n'ont pas compris Jésus
et se sont scandalisés de ses paroles et de ses gestes.
Pierre n'a pas encore accepté que Jésus préfère la bonté à la justice,
le pardon au châtiment des coupables, le don de lui-même à la légitime défense.
Pierre se sent peut-être proche de tous ceux qui accusent Jésus
parce qu'il prêche un Dieu qui n'est pas celui dans lequel ils croient.
Christian Duquoc traduit bien ce qui a conduit Jésus à la croix:
Certes, «tout en lui avait l'allure du prophète: la parole, l'attitude, le miracle même,
et pourtant tout en lui sapait l'organisation séculaire de la religion
et faisait éclater l'image alors majoritaire de Dieu. ...
Le chemin qui menait l'homme à Dieu selon Jésus
était si différent à leurs yeux de la voie biblique
qu'il leur parut impensable que cet homme ne fut pas un faux messie»
(Christian Duquoc, Assemblées du Seigneur 19, p. 69-70).
Pour Pierre, comme pour les Pharisiens et les Zélotes,
le Dieu libre, bon et humble -qui est le Dieu que Jésus appelle si facilement Papa-,
ce Dieu leur semblait une caricature du vrai Dieu.
Mais Jésus, lui, connaît Pierre.
Et il saura amener Pierre à reconnaître en lui le vrai visage de Dieu.
L'Évangile nous dit simplement: Le coq chanta. Et Pierre se souvint.
Il se souvint de quoi? Du geste de Jésus lui lavant les pieds.
Ce geste n'était pas tant un geste d'humilité qu'un geste d'amour:
en effet, laver les pieds était considéré comme trop humiliant
pour qu'on puisse le demander même à un serviteur;
mais c'était un geste d'affection qu'une fille pouvait accomplir
envers son père et un disciple envers son maître.
On disait qu'un maître, qui refusait à son disciple qu'il lui lave les pieds,
refusait l'amitié de son disciple.
À Pierre, qui refusait qu'il lui lave les pieds, Jésus va dire:
Si je ne te lave pas les pieds, tu ne seras pas en communion avec moi (Jn 13,8).
Et Jésus avait fait ce geste alors même qu'il savait que Pierre allait le renier.
Pierre se souvient...
Maintenant, il comprend que -d'avance- Jésus lui a pardonné.
Le récit de Luc nous dit:
Comme Pierre parlait encore, un coq chanta.
Jésus, se retournant, posa son regard sur Pierre.
Et Pierre se souvint de la parole du Seigneur (Lc 22,60-61).
Ce regard est le même que celui qu'avait Jésus lors du lavement des pieds.
Alors, Pierre va expérimenter en son propre coeur,
que le pardon est plus fort que la condamnation,
que la bonté est plus forte que la punition.
Pierre comprend que ce visage d'humilité de Jésus est le vrai visage de Dieu,
du Dieu qui est Père.
Dans sa marche vers la mort, Jésus remet en question notre regard sur Dieu.
Inévitablement nous concevons Dieu à notre mesure.
Nous pensons toujours -un peu (!)-
que Dieu exige de nous des performances morales,
que Dieu a des reproches à nous faire
si nous ne sommes pas à la hauteur de ses attentes.
Nous avons bien du mal à regarder Dieu
comme ce Père qui va au-devant de ses fils,
comme ce Père qui pardonne,
comme ce Père qui se réjouit de notre retour,
comme Celui qui se met à nous servir, à nous nourrir,
comme Celui qui donne sa vie comme geste ultime de pardon,
comme Celui qui ne désire rien d'autre de nous
qu'une grande communion dans l'amour.
Pierre comprend qu'il lui faut changer de regard sur Dieu.
Et qu'il lui faut changer de regard sur la croix:
car cette croix qu'il voulait éloigner de Jésus,
cette croix qui était pour lui un scandale,
cette croix est justement ce qui vient de le sauver, lui, Pierre,
en lui révélant que le véritable amour est pardon.
Il sait maintenant que, malgré ses doutes et toutes ses faiblesses,
Jésus continue et continuera à lui accorder son amitié. À jamais!Georges Convert
»»» Questions
- Comment comprendre l'attitude de Pierre qui nie connaître Jésus?
- Quelles autres circonstances de la vie de Pierre peuvent expliquer son attitude?
- Quelles sont les raisons qui expliquent l'hostilité des chefs religieux envers Jésus?
- Quels sont les différents visages de Dieu qui sont en cause dans la passion de Jésus?
- Que signifie le geste du lavement des pieds? Aujourrd'hui, comment ce geste peut-il nous aider à vivre le sacrement du pardon?
- Aujourd'hui, dans le monde des croyants, y a-t-il des attitudes qui traduisent des visages de Dieu différents? Les chrétiens témoignent-ils du visage de Dieu que Jésus leur a fait connaître?
| Télécharger le PDF... |
fin article
Autres articles pour «Du Pain sur la Table Année A»
5e Dimanche Ordinaire: ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE MATTHIEU (5,13-16)
9e Dimanche Ordinaire: ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE MATTHIEU (7,21-27)
8e Dimanche Ordinaire: ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE MATTHIEU (6,24-34)
7e Dimanche Ordinaire: ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE MATTHIEU (5,38-48)
6e DIMANCHE ORDINAIRE: ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Matthieu (5,17-37)
Christ-Roi: ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (25,31-46)
33e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (25,14-30)
32e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (25,1-13)
31e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (23,1-12)
30e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (22,34-40)
29e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (22,15-22)
28e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (22,1-13)
27e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (21,33-43)
26e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (21,28-32)
25e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (20,1-16a)
24e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (18,21-35)
23e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (18,15-20)
22e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (16,21-28)
21e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (16,13-20)
20e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (15,21-28)
19e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (14,22-33)
18e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (14,13-23)
17e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (13,44-52)
16e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (13,24-43)
15e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (13,1-23)
14e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE de JÉSUS selon l'Écrit de Matthieu (11,25-30)
13e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (10,37-42)
Fête des Sts-Pierre-et-Paul : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (16,13-20)
12e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (10,26-33)
11e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (9,36-10,8)
10e Dimanche Ordinaire : ÉVANGILE DE JÉSUS SELON L'ÉCRIT DE Matthieu (9,9-13)
9ÈME DIMANCHE ORDINAIRE : Evangile de Jésus selon le récit de Mathieu (7,21-27)
FÊTE DU SAINT-SACREMENT : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Jean (6,51-58)
DIMANCHE DE LA TRINITÉ : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (3, 5.13-18)
DIMANCHE DE LA PENTECOTE : Lecture des ACTES des APÔTRES (2,1-14)
7ième DIMANCHE DE PÂQUES : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (17, 1-11)
6ième DIMANCHE DE PÂQUES:ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (14,15-21.25-26)
5ième DIMANCHE DE PÂQUES:ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (14,1-12)
4ième DIMANCHE DE PÂQUES : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (10, 1-10)
3ième DIMANCHE DE PÂQUES:ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Luc (24,13-35)
2ième DIMANCHE DE PÂQUES : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (20, 19-31)
DIMANCHE DE LA PÂQUES : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Matthieu (28, 1-10)
DIMANCHE DE LA PASSION : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Matthieu (26 passim)
5ième DIMANCHE DE CARÊME : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (11,1-45)
4ième DIMANCHE DE CARÊME : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (9,1-41)
3ième DIMANCHE DE CARÊME : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (4,5-42)
2ième DIMANCHE DE CARÊME : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Matthieu (17,1-13)
1er DIMANCHE DE CARÊME : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Matthieu (4,1-11)
4ième DIMANCHE ORDINAIRE : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Matthieu (5,1-10)
3ième DIMANCHE ORDINAIRE : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Matthieu (4,12-25)
2ième DIMANCHE ORDINAIRE : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Jean (1,29-34)
BAPTÊME : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Matthieu (3,13-17)
ÉPIPHANIE : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Matthieu (2,1-12)
SAINTE-FAMILLE : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Matthieu (2,13-23)
AVENT 4 : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Matthieu (1,18-25)
AVENT 3 : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Matthieu (11,2-11)
AVENT 2 : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Matthieu (3,1-12)
AVENT 1 : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Matthieu (24,37-44)
Début de page



