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Du Pain sur la Table Année A

7ième DIMANCHE DE PÂQUES : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (17, 1-11)



»»» Date du dimanche
5 juin 2011
»»» Évangile
1

Après avoir ainsi parlé, levant les yeux au ciel, Jésus dit:
Père, l'heure est venue:
glorifie ton Fils,
que ton Fils te glorifie;

2

à la mesure du pouvoir que tu lui as donné sur tous les vivants,
que tout ce que tu lui as donné leur donne la vie éternelle!

3

Telle est la vie éternelle: qu'ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu,
et celui que tu as envoyé, Jésus Christ.

4

Je t'ai glorifié sur la terre,
en accomplissant l'oeuvre que tu m'as donné de faire.

5

Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi-même
de la gloire que j'avais, avant que soit le monde, auprès de toi.

6

J'ai manifesté ton nom aux êtres,
que tu m'as donnés en les tirant du monde.
Ils étaient à toi et tu me les as donnés et ils ont gardé ta parole.

7

Maintenant ils ont reconnu que viennent de toi
toutes choses que tu m'as données:

8

car les paroles que tu m'as données, je les leur ai données,
et ils les ont accueillies
et ils ont vraiment reconnu que je suis sorti d'auprès de toi,
et ils ont cru que tu m'as envoyé.

9

C'est pour eux que j'intercède; non pas pour le monde,
mais pour ceux que tu m'as donnés, car ils sont à toi,

10

et tout ce qui est mien est tien, et tout ce qui est tien est mien,
et je suis glorifié en eux.

11

Je ne suis plus dans le monde; eux sont dans le monde,
et moi, je viens vers toi.

 


»»» Mon petit grain de sel

Ah! Si j’étais glorieux, je ferais tant de choses!

La gloire est très populaire. Est-elle toujours glorieuse? C’est une autre question. Car, s’il est vrai que beaucoup de personnes recherchent aujourd’hui leurs « 15 minutes de gloire » – Andy Warhol –, peu savent vraiment ce qu’elle implique.

Gloire… le mot m’est si doux à l’oreille. Il fait rêver à la fortune, au réconfort d’une demeure immense, à de multiples loisirs, à des passe-droits, à du favoritisme, à des voyages exotiques et luxueux. Le mot, dans mon esprit, est lié à toutes ces fantaisies. Et franchement, qui n’en a jamais rêvées… juste un peu.

Pourtant, des spécialistes des Écritures nous disent qu’il semble que, dans la bouche de Jésus, la gloire soit plutôt liée à sa mort-résurrection. Étrange, car les Églises elles mêmes n’ont-elles pas adhéré dans leur histoire, et à des degrés diverses, aux fantaisies que j’ai décrites plus haut?

La gloire d’être chrétien n’est pas toujours liée à celle d’être un homme, une femme de charité à l’exemple de Jésus de Nazareth. Elle est parfois liée à la facilité de discourir. Ou encore à l’intelligence intellectuelle, pas toujours liée à celle du cœur d’ailleurs…  Il y a aussi la gloire de savoir bien chanter à la messe ou au culte du dimanche. Puis celle de savoir porter ses plus beaux atours le dimanche matin. Après tout, il faut se faire beau pour le Seigneur!

Ces éléments que je « démonise » ne sont pas complètement à rejeter. Par contre, ils doivent être remis à leurs places. Ils appartiennent à la mondanité. Et s’ils permettent de créer des conditions propices à la rencontre de l’autre, ils n’en sont pas – loin s’en faut – des éléments essentiels. Dieu et l’autre ne se rencontrent au final que dans un cœur prêt à la charité fraternelle. Une charité large, inclusive, celle qui fait en sorte que chaque talent dans une communauté chrétienne peut s’épanouir. 

Et cette communauté, devenue Église, ne doit rester fermée sur elle-même. Si elle veut être le microcosme de la mise en application de la gloire de Dieu ici-bas, son cœur doit être entièrement tourné vers la mise en application de l’Évangile, inspiré par l’esprit de l’Évangile, au quotidien. C’est là d’ailleurs l’une des plus grandes difficultés que je rencontre. Aimer comme le Christ Jésus de Nazareth? Et je deviens soudain cynique tellement je peine à y arriver.

Heureusement, la pratique chrétienne de la liturgie m’empêche de tomber dans la falaise de ce cynisme : elle est réconfortante. Par contre, le confort qu’elle crée m’a souvent conforter dans ma croyance que, automatiquement, je faisais la volonté du Dieu présenté par Jésus de Nazareth et donc, que j’étais sauvé. ‘’Je suis un pratiquant’’ me suis-je dit. Trop facile. Car si, pendant la prière, je ne peux me laisser déranger par le pauvre qui crie à ma porte, cette prière devient vaine et imbécile.

Je me souviens avoir été témoin involontaire à 17 ans d’une adoration au Saint-Sacrement qui a tourné au cauchemar. Quatre personnes, pleines de bonne volonté et remplies des préoccupations de leur quotidien et de celles du monde, sont en train de méditer en présence du Saint-Sacrement. Un homme, visiblement atteint d’une maladie mentale, entre dans l’église et se met à jurer. Réaction de la personne responsable de la prière : « Tu fais du mal à Jésus. Dehors! » Ce malade n’avait-il pas besoin d’un accueil plus important que celui de la réprimande d’une personne offusquée par les paroles de celui dont l’esprit était embrouillé? Certainement. La responsable était peut-être mal outillée pour faire face à cette situation inusitée et dérangeante. Mon père et moi avons cherché cet homme afin de l’amener à l’hôpital mais ne l’avons pas trouvé.

Une communauté a failli : elle n’a pas su accueillir, et ce, au nom de la gloire du nom de Jésus. N’est-ce pas le symptôme même de la construction de nos communautés chrétiennes qui, au final, sont très souvent orientées vers leur propre service et la pensée du sauvetage de leur âme? Celui de la prière, des activités sociales intra-chrétiennes, et quoi d’autres? Ces services, bien qu’essentiels, sont d’abord exercices et apprentissages de l’Évangile. La gloire de Dieu se manifeste lorsque l’humain se préoccupe, avec un amour désintéressé et soutenant, de son frère ou de sa sœur. C’est du moins le chemin montré par la croix.

Ce type d’amour ne peut se limiter à nos seules communautés chrétiennes. Le pratiquant du dimanche n’a qu’une seule gloire : celle de porter au jour le jour l’amour qu’il a reçu lors de la pratique rituelle et, espérons-le, vivifiante du dimanche. Sinon, à quoi bon? 


 

Mario Bard

 

 

Voici également le commentaire pour la fête de l'ascension (matthieu 28, 16-20)

Chercher autre chose que le graal ou le bon gars : Jésus est bonne nouvelle

Je suis très troublé par les nouvelles recherches effectuées par certains chrétiens, dont des pasteurs, des prêtres et des théologiens. Selon eux, Jésus n’est pas ressuscité. Il est mort, et tout le reste ne serait que fabulations de disciples exaltés. L’un d’eux affirme même que nous ne pouvons faire confiance à une femme, Marie de Magdala, celle qui a souffert de la venue en elle de sept démons. Ce pasteur – pasteur, disons-nous? – affirme donc que la guérison n’est pas possible, même de la part de Jésus dont les Évangiles nous disent qu’il a bel et bien guéri Marie de ses sept démons...

Je suis déçu et choqué. Pourquoi faire de telles affirmations alors que l’inverse, ce qui est annoncé depuis deux mille ans, peut être aussi vrai ? En fait, en cette Ère scientifique, les chrétiens ont un problème; ils ne peuvent prouver hors de tout doute raisonnable que Jésus a été relevé d’entre les morts. Malgré les récits des apparitions et malgré le témoignage de l’apôtre Paul, entre autres.

D’ailleurs avouons-le, scientifiquement parlant, il n’y a aucune preuve. Jésus n’a pas laissé son ADN (je ne suis pas un amateur de la théorie simpliste et réductrice du Da Vinci Code), ni de vêtements, ni de sandales, ni même un petit mot pour dire « Oui, oui ! J’existe ! » Pour parler de lui et annoncer cette Bonne Nouvelle, nous n’avons que les témoignages de personnes qui avaient de bien gros soucis et de bien gros défauts. À commencer par Mathieu, le collecteur d’impôt : est-il digne de confiance ? Pas sûr, quand l’histoire nous dit que ceux-ci se graissaient la patte en demandant une ristourne assez juteuse. Ensuite Thomas. Il ne croit en rien, à moins qu’il n’ait vu. Et Pierre, émotif et rancunier, qui coupe l’oreille d’un garde et qui, quelques heures plus tard, renie Jésus, celui pour qui il a coupé l’oreille… Un traître s’est même glissé chez les disciples : Judas. Et puis des femmes « qui le suivent depuis la Galilée ». À l’époque, la valeur d’une femme est moindre que celle d’un troupeau de chèvres ou de moutons. Ce ne sont que quelques exemples. Je vous le dis, l’Église est mal partie et son témoignage, si l’on analyse les comportements et les vies anciennes des disciples et apôtres, est franchement à prendre avec des pincettes.

Comme témoins, Jésus aurait eu l’embarras du choix : des lettrés reconnus dans sa société, des pharisiens porteurs de la rectitude religieuse. Non. Il choisit des témoins, qui deviennent disciples – suivent le maître – pour finalement être apôtres, c’est-à-dire ‘envoyés’.

Malgré les défauts incommensurables dont sont porteurs tous ceux qui croient en Jésus et le suivent jusqu’à sa mort sur la croix, l’Évangile, son esprit, sa vie, change encore des vies aujourd’hui.  Plus d’un milliard aujourd’hui. Et une multitude d’entre eux n’ont pas attendu les preuves écrites, l’ADN de Jésus ou même, le Graal pour commencer à le suivre. Elles et ils ont été séduits par l’appel de Jésus à aimer sans conditions, à nourrir, à guérir, à donner sa vie. D’abord par l’expérience intérieure de Jésus les visitant là où ils se trouvent.

Au cœur de l’Évangile, se trouve un Esprit qui dépasse la lettre et les preuves matérielles qui sont aujourd’hui en vogue. Il y a un espoir : l’exemple de l’amour de Jésus peut rendre heureux, guérir, assurer un sens même dans les souffrances les plus grandes. Des exemples ? Chercher, vous en trouverez ! François d’Assisse, l’Abbé Pierre, le voisin d’à côté qui sert toujours les autres avec détachement, Rosalie Cadron-Jetté, etc. Ils sont si nombreux ceux et celles qui, malgré les défauts qui nous habitent et incitent au cynisme, ont fait le choix de suivre intérieurement le Christ Jésus de Nazareth. Parce que son action et son esprit d’amour les ont tout simplement transformés !

Pour moi, la vraie question chrétienne n’est pas de savoir si Jésus s’est relevé d’entre les morts physiquement ou spirituellement, s’il a eu une descendance royale ou si un Graal est caché dans une grotte, rempli du précieux sang de Jésus. Ni même si de savoir si Jésus a eu des aventures sexuelles avec son disciple préféré, Jean, ou s’il était marié à Marie-Madeleine ou à l’une des nombreuses Marie qui le suivaient. Pourquoi perdre son temps avec des recherches qui, au final, divisent ?

Agir avec l’amour que Jésus a eu toute sa vie, et tel qu’il nous est rapporté par les Évangiles, tel devrait être ce qui nous met en marche. Revenir à cet élan intérieur qui a fait les premiers jours de notre mise en marche derrière lui. Revenir à la résurrection… tous les jours !

 

 


»»» Commentaires

Les récits évangéliques ne sont pas très généreux pour nous transmettre les prières de Jésus.
        Nous savons qu'il priait souvent et sans doute longuement.
        Même si c'est l'évangéliste qui a composé cette prière,
        elle doit probablement nous révéler les sentiments
        qui animaient Jésus en cette heure dramatique.

La place de ce texte dans le récit de Jean
Il vient clore les adieux prononcés par Jésus lors du Dernier Repas (13,31-16,33).
Après avoir parlé à ses disciples, Jésus s'adresse au Père.
Ses paroles balanceront sans cesse entre l'évocation de ce que le Père a fait pour lui
et ce que Jésus souhaite pour l'avenir de ses disciples.
Cette forme de prière est typique des prières juives
où l'on s'appuie sur ce que Dieu a fait dans le passé
pour invoquer une nouvelle intervention de sa part.
Mais nous avons là comme une sorte de synthèse de la mission de Jésus.
Notre texte d'aujourd'hui en donne le préambule.
Les versets 11b à 23 formeront le corps central de la prière de Jésus:
il intercède auprès du Père pour que les disciples soient gardés dans l'unité.
Les versets 24 à 26 peuvent être vus comme une conclusion.
Au moment où il quitte les siens pour monter vers le Père,
tout culmine dans ce souhait de Jésus:
Que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi:
que l'amour dont Tu m'as aimé soit en eux et moi en eux (Jn 17,24.26).

Une prière sacerdotale
On appelle souvent cette prière: la prière sacerdotale.
Cette prière se situe au terme de la vie de Jésus:
elle dit tout l'accomplissement de son existence terrestre,
en manifestant en même temps la dimension d'éternité de ce que Jésus vit
et qu'il veut faire vivre à ses disciples.
Il serait peut-être plus approprié de la voir comme une prière liturgique,
c'est à dire comme une prière qui nous situe au coeur du mystère de la vie de Jésus
pour y introduire ceux qui s'unissent à lui.
D'une certaine façon la liturgie est une action:
action du Christ pour qu'elle agisse dans l'intimité de ceux qui célèbrent.
Le coeur de cette vie de Jésus se trouve résumé ainsi:
Glorifie ton fils afin que ton fils te glorifie.
Redisons ce que signifie le mot gloire dans la Bible.
La gloire évoque le "poids" de la présence d'un être.
Lorsqu'il s'agit de Dieu et de l'être humain qui est fils de Dieu,
cette présence s'identifie avec l'amour, la bonté.
Glorifier quelqu'un c'est donc reconnaître et manifester la force de son amour.
Dans le récit évangélique de Jean, la glorification est souvent liée à la mort de Jésus.
Donnons-en deux exemples.
Peu avant son arrestation, Jésus déclare:
«Voici venue l'heure où doit être glorifié le Fils de l'homme.
Amen, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas,
il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Qui aime sa vie la perd; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle.
Maintenant mon âme est troublée. Et que dire? Père, sauve-moi de cette heure!
Mais c'est pour cela que je suis venu à cette heure. Père, glorifie ton nom!»
Du ciel vint alors une voix: «Je l'ai glorifié et de nouveau je le glorifierai» (Jn 12,23-28).
Lors du Dernier Repas, quand Judas sort de table
pour aller le livrer aux grands-prêtres, Jésus dit:
«Maintenant le Fils de l'homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui.
Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même
et c'est bientôt qu'il le glorifiera (Jn 13,31-32).
Pourquoi ce lien entre la mort et la gloire?
Au baptême de Jésus la voix a déjà attesté qu'en lui l'amour divin s'accomplit.
Mais c'est à l'heure de la mort que l'accomplissement sera mené à son terme.
Dans la manière de vivre sa mort, Jésus y achève le don de lui-même.
Ma vie nul ne la prend mais c'est moi qui la donne (Jn 10,18), peut-il dire
car il se livre à ceux qui le rejettent et le condamnent,
au lieu de répondre à leur violence par une violence semblable.
Ce don de lui-même -fait en pleine communion avec le Père- glorifie Jésus.
Il accomplit son amour, qui est l'amour que le Père lui donne.
On pourrait dire que c'est sur la croix que Jésus est déjà ressuscité,
élevé dans la gloire du Père, comme le dit le récit de Jean:
Une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi.
Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir (Jn 12,32-33).

Donner la vie éternelle!
Cet amour pleinement accompli, dans le coeur de Jésus qui se livre,
va être fécond dans la vie de ses disciples.
Jésus va faire fleurir dans leur coeur la dimension d'éternité
qui y est enfouie sous forme de germe.
Qu'est-ce que cette dimension d'éternité?
Le texte nous dit que c'est la connaissance du Père et celle du Fils qu'est Jésus.
Il faut bien sûr prendre ici le verbe connaître
dans toute l'ampleur de sens qu'il a dans la langue de la Bible.
Il s'agit d'une connaissance d'amour qui unit les personnes:
Je suis le bon pasteur; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent,
comme le Père me connaît et que je connais le Père,
et je donne ma vie pour mes brebis (Jn 10,14-15).
En connaissant le Père, on entre dans son amour,
on apprend à aimer comme lui et par lui.
Cela se réalise dans la mesure où l'on devient fils, fille du Père
à travers l'expérience que l'on fait de Jésus, à travers l'amitié qui nous unit à lui:
Tout m'a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père,
et nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils,
et celui à qui le Fils a dessein de le révéler (Mt 11,27).
Grâce à l'amitié de Jésus, se réalise pour chaque disciple ce que Jérémie avait espéré:
Je leur donnerai un coeur pour connaître que je suis Dieu.
Ils seront mon peuple et moi je serai leur Dieu,
car ils reviendront à moi de tout leur coeur (Jr 24,7).
Voilà résumée toute la mission de Jésus, le fils parfait du Père:
partager son amour avec ceux qui l'accueillent pour en faire les fils et les filles de Dieu.
Révéler aux êtres humains qui est Dieu. Manifester le Nom de Dieu.
Le Nom, au sens de la Bible, est ce qui est exprime toute la personne.
Souvent le Nom traduit la personnalité de celui qui le porte.
Pensons au nom que Jésus a donné à Simon en l'appelant Roch (Pierre).
Il signifiait ainsi que Simon serait le roc de la communauté,
dans la mesure où il bâtirait sa vie sur la Parole de Dieu qui est le Roc véritable.
Le Nom du Père est le Nom de Celui qui donne vie en abondance,
de Celui qui n'est qu'amour et qui vient , non pour juger, mais pour sauver.
Iéschoua (nom de Jésus en araméen) signifie: Dieu sauve.
Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde,
mais pour que le monde soit sauvé par lui (Jn 3,17).

C'est pour eux que j'intercède; non pas pour le monde.
Pourquoi la prière de Jésus s'intéresse-t-elle aux disciples et non au monde.
Jésus se désintéresserait-il de tous ceux qui ne sont pas de sa bergerie?
Plus loin dans la prière (cf. Jn 17,15)
Jésus dira que les disciples ne doivent pas être enlevés du monde,
mais que pourtant ils ne sont pas du monde.
Dans le récit de Jean, le monde signifie souvent l'humanité qui est séparée de Dieu.
Jésus n'entretient aucune illusion sur le monde:
il en connaît les faiblesses, voire l'horrible méchanceté.
Il sait que le Prince de ce monde est le Malin, l'Adversaire de l'amour.
        Le 20e siècle a connu son chapelet de génocides:
        l'Arménie, les Juifs de la shoa, le Rwanda, l'Afghanistan, l'Ex-Yougoslavie.
        Le 21e siècle s'illustre par le terrorisme sous différentes formes.
Le mal est si puissant que beaucoup se demandent: Que fait Dieu en ce monde?
S'il est Tout-puissant, pourquoi ne fait-il pas tout pour nous sauver?
Mais puisqu'il a créé le monde dans un acte d'amour et de liberté,
Dieu n'est pas Tout-puissant.
Il est le Tout-aimant que les humains peuvent rejeter.
        «Si Dieu est l'explication d'un monde de larmes et de sang,
        d'un monde de tortures et d'injustice,
        alors il participe nécessairement à toutes ces horreurs et à toutes ces injustices.
        Au contraire, le Dieu qui se révèle en Jésus Christ,
        c'est le cri de l'innocence infinie
        d'un Dieu qui souffre du mal et qui en est la première victime,
        d'un Dieu qui nous appelle à créer un autre monde que celui-ci,
        un monde qui n'est pas encore,
        un monde dont la dimension sera humaine
        ou du moins serait humaine si nous accomplissions notre vocation,
        un monde où l'Esprit pourrait s'affirmer,
        un monde dont l'amour serait la loi,
        où la dignité de chacun serait réellement inviolable.» (Maurice Zundel)

Jésus intercède pour ceux qui lui ont été donnés par le Père
afin qu'ensemble ils bâtissent ce monde fraternel.
Ceux qui sont donnés par le Père ne sont pas une élite
qui serait choisie par Dieu selon son bon vouloir.
Ils sont ceux qui accueillent et gardent la Parole de Dieu.
La prière dira aussi qu'ils ne sont pas donnés à Jésus uniquement pour eux-mêmes
mais pour qu'ils travaillent avec Jésus à bâtir le règne du Père:
Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
Pour eux je me sanctifie moi-même,
afin qu'ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité.
Je ne prie pas pour eux seulement,
mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi:
afin que tous soient un.
Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient en nous,
afin que le monde croie que tu m'as envoyé (Jn 17,18-21).
Les disciples ne sont pas donnés à Jésus
pour se replier au sein d'une intimité refermée sur elle-même,
mais pour parvenir à une unité qui sera signe et germe de l'unité du monde.
Notre communion dans le Christ a un but qui nous dépasse:
elle vise l'unité de toute l'humanité.
Le dessein éternel de Dieu qui veut rassembler toute l'humanité en son amour
veut passer par les disciples de Jésus, par le témoignage qu'ils donneront de l'unité.

Des familles-églises qui soient signes de l'unité
Cela nous interroge sur notre manière actuelle de faire Église.
Le Repas eucharistique tel qu'il est vécu dans de grandes assemblées
ne permet pas -le plus souvent- de bâtir de vraies communautés.
Si nous voulons être fidèles au testament que Jésus nous a laissé,
il nous faut revenir à des groupes de disciples qui soient à taille de fraternité.
Des fraternités dont le ciment sera la fidélité à la Parole de l'Évangile.
Face à toutes les forces de divisions, de haines qui détruisent l'humanité,
les disciples de Jésus ont la responsabilité de coopérer avec leur maître
en laissant la force d'amour de Dieu agir en eux.
Certes, il y aura toujours des dissensions entre chrétiens.
Mais ne pas s'efforcer de combattre ces germes de désunion,
c'est renier notre engagement à la suite du Christ,
c'est renier notre vocation de sanctifier le Nom de Dieu en ce monde.
Au contraire, glorifier Dieu, c'est vivre et faire rayonner son amour,
cet amour que la Bible nomme charité, bonté gratuite.
Voilà toute la mission de Jésus. Et c'est la mission qu'il lègue à ses disciples:
        «Tu es chrétien par et pour la charité:
        par rien d'autre et pour rien d'autre.
        Nous sommes libres de toutes obligations
        mais totalement dépendants d'une seule nécessité: la charité.
        La charité est plus que le nécessaire pour exister,
        plus que le nécessaire pour vivre,
        plus que le nécessaire pour agir.
        La charité est notre vie devenant vie éternelle.
        Quand nous laissons la charité nous laissons notre vie.
        Un acte sans charité est une mort subite,
        un acte de charité est une résurrection immédiate.

        On n'apprend pas la charité,
        on fait peu à peu sa connaissance
        en faisant la connaissance du Christ.
        C'est la foi du Christ qui nous rend capable de charité;
        c'est la vie du Christ qui nous montre comment désirer,demander, recevoir la charité.
        C'est l'Esprit du Christ qui nous rend vivants de charité.

        Tout peut servir à la charité;
        sans elle tout est stérile, et d'abord nous-mêmes.
        Par toute une part d'elle-même la charité est un mystère:
        elle vient de Dieu et elle retourne à Dieu.»
        (Madeleine Delbrêl in Jacques Loew, Vivre l'évangile avec M. Delbrêl, Centurion 1994, p. 113).

Georges Convert

»»» Questions
  1. Quand le récit de Jean situe-t-il cette prière de Jésus?
  2. Pourquoi cette prière est-elle appelée sacerdotale?
  3. Qu'est-ce qu'une prière liturgique?
  4. Que veut dire le mot gloire au sens de la Bible?
  5. Quel lien y a-t-il entre la gloire et la mort de Jésus?
  6. Pour être disciple de Jésus, est-il nécessaire d'appartenir à une communauté? Quelle est la mission de la communauté des disciples dans le monde?
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fin article





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DIMANCHE DE LA PENTECOTE : Lecture des ACTES des APÔTRES (2,1-14)

7ième DIMANCHE DE PÂQUES : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (17, 1-11)

6ième DIMANCHE DE PÂQUES:ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (14,15-21.25-26)

5ième DIMANCHE DE PÂQUES:ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (14,1-12)

4ième DIMANCHE DE PÂQUES : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (10, 1-10)

3ième DIMANCHE DE PÂQUES:ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Luc (24,13-35)

2ième DIMANCHE DE PÂQUES : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (20, 19-31)

DIMANCHE DE LA PÂQUES : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Matthieu (28, 1-10)

DIMANCHE DE LA PASSION : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Matthieu (26 passim)

5ième DIMANCHE DE CARÊME : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (11,1-45)

4ième DIMANCHE DE CARÊME : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (9,1-41)

3ième DIMANCHE DE CARÊME : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Jean (4,5-42)

2ième DIMANCHE DE CARÊME : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Matthieu (17,1-13)

1er DIMANCHE DE CARÊME : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Matthieu (4,1-11)

4ième DIMANCHE ORDINAIRE : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Matthieu (5,1-10)

3ième DIMANCHE ORDINAIRE : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Matthieu (4,12-25)

2ième DIMANCHE ORDINAIRE : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Jean (1,29-34)

BAPTÊME : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Matthieu (3,13-17)

ÉPIPHANIE : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Matthieu (2,1-12)

SAINTE-FAMILLE : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Matthieu (2,13-23)

AVENT 4 : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Matthieu (1,18-25)

AVENT 3 : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Matthieu (11,2-11)

AVENT 2 : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l'écrit de Matthieu (3,1-12)

AVENT 1 : ÉVANGILE DE JÉSUS selon l’écrit de Matthieu (24,37-44)



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